Abbas Kiarostami

Ma première découverte de la culture iranienne s’est faite il y a plus de 20 ans en regardant un film d’Abbas Kiarostami, conseillée par un ami cinéphile. “Où est la maison de mon ami”.

J’ai su plus tard que ce titre venait d’un poème de Sohrab Sépehri, peintre lui aussi comme Kiarostami et qui dans ses poèmes donne un sentiment d’accord entre la nature et sa spiritualité.

En discutant avec des Iraniens de ses films, on me disait souvent, qu’il ne parlait pas de l’Iran d’aujourd’hui, qu’il faisait des films pour les Occidentaux. Mais c’était sa force, justement d’évoquer un Iran intemporel, loin des villes (dans ses premiers films), celui des maisons traditionnelle du Gilân (au Nord, près de la mer Caspienne) avec des chemins de pierre, des routes qui sinuent dans la montagne. Un cinéma au rythme oriental mais qui touche profondément tout être humain.Ses plans invitent à s’arrêter, à découvrir les détails dans le champ visuel, à y prendre place, à suivre le cheminement d’une pensée, à écouter le bruissement des feuilles. Ses films étaient la vie, pleinement et le choix de la mort que désire cet homme dans “Le goût de la cerise” est contredit, mais  le choix reste ouvert, par la fable du vieil homme sur le gôut de la cerise justement, métaphore de la vie avec en fond sonore la musique de Mozart.

Mais Téhéran est évoquée aussi dans le huis clos d’une voiture “TEN” en 10 séquences où des femmes parlent en toute intimité. Ce cinéaste qui refusait  de mentir en filmant des femmes voilées dans leurs intérieurs ( seulement les traditionnelles mettent le voile quand un inconnu vient chez elles) les a donc filmées en voiture. On y parle de divorce, de violence et même la prostitution est évoquée. Une scène conflictuelle entre un jeune garçon et sa mère débute le film et en dit beaucoup sur la femme qui n’a pas beaucoup de droits dans le divorce.Son procédé cinématographique est novateur: il utilise le numérique pour l’intérieur et

On parle peu dans ses films, souvent des personnes pleines de bon sens soulèvent des questions qui restent sans réponses. Comme la fin du film qui est souvent en suspens.

Les enfants, eux aussi n’ont pas de réponses. Dans “Où est la maison de mon ami” ils agissent, comme ce petit écolier qui veut protéger son ami de la colère de l’instituteur et qui fera un voyage initiatique, loin de son village par un chemin au delà de la colline, dans des lieux inconnus pour lui apporter son cahier. Comme cet autre  garçon qui suivra son père pour retrouver un enfant supposé disparu dans un tremblement de terre “Et la vie continue”, ayant tourné dans le film cité plus haut. Cinéma à la fois du réel et du spirituel, Kiarostami filmera les décombres et les choses que les gens retrouvent comme cette vieille femme qui a besoin d’aide pour remettre son tapis en place. Et un jeune couple, malgré la mort de toute la famille se mariera, avec un plan rieur sur le jeune homme qui cire ses chaussures.

Films de détails, d’attention aux gens, aux choses, d’une lenteur qui est certes orientale, celle où l’on prend du temps pour vous accueillir, vous dire un poème. Films aussi où l’intelligence du spectateur est requise car le cinéaste joue avec ce que l’on croit être la réalité, nous surprend et nous laisse face à nos questionnements.

La beauté du monde n’effacera pas la mort  et son aspect imprévisible mais cet arbre qui se tient au sommet de la colline, cette oliveraie qui bruisse, cette eau qui coule sont là pour nous rappeler que la vie est une acceptation de tous les instants.

Les films d’Abbas Kiastorami, mais aussi ses photos, ses haikus sont des éloges à la persévérance, à la poésie de ce qui nous entoure, à l’instant présent.

En hommage à ce cinéaste mort à 76 ans, le 4 juillet 2016.

Il était écrit en exergue du “Goût de la cerise”:

Oh! Que ce temps où nous ne serons plus, et où le monde sera encore! Il ne restera de nous ni renommée ni trace.

Omar Khayyam

2 réflexions sur “Abbas Kiarostami

  1. Je viens de me connecter
    Cela fonctionne !!!!
    Merci à Pejman de m’avoir donner la marche à suivre
    je me donnerais la peine de laisser un commentaire sur les articles plus tard
    Bonne soirée
    Christian

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *