Civilisation de l’ancienne Perse : une exposition à Bonn

Une très belle exposition, extrêmement documentée se tient jusqu’au 15 octobre 2017, à la Bundeskunsthalle de Bonn, en Allemagne.

Elle retrace avec de magnifiques objets : céramiques, bijoux, statues, complétés par de nombreuses vidéos et des panneaux chronologiques, 6600 ans d’histoire perse, jusqu’à la dynastie des Achéménides.


 Figurine de fécondité, découverte sur le site de Tappe Sarab (7000 à 6100 av JC).

De nombreuses céramiques, du tout début de la sédentarisation jusqu’aux objets en orfèvrerie apportent des jalons quant à la maitrise du feu, de la  découverte des modes de cuisson de la terre, la pratique des engobes et des glaçures jusqu’aux pièces d’orfèvrerie, martelées ou embellies par des pierres précieuses.

Ces objets et autres bijoux découverts sur le même site révèlent la grande maitrise des métaux et pierres précieuses des artistes de l’époque.


Bracelet en or, découvert dans le tombeau de deux  princesses à Dshubadshi  et têtes de lions en ivoire garnis de lapis lazuli, avec des dépôts de bitume et de karneol, partiellement recouverts d’or (VIème siècle av JC).

 Lion ailé ou dragon, en bronze, site de Kalmakarre (1er siècle av JC)

Durant l’exposition, il  est très appréciable de pouvoir rythmer sa visite par des animations numériques pour comprendre d’où viennent les oeuvres, découvrir les paysages, lieux mêmes où elles avaient un sens ainsi que les reconstitutions en 3D des architectures aujourd’hui en grandes parties détruites.

Mais aussi, le soin apporté à la présentation, les nombreuses explications permettent au spectateur d’entrer pleinement dans des périodes très éloignées de nous, en comprenant mieux les modes de vie, les déplacements de population (les migrations furent nombreuses aussi à cette époque), les influences diverses des peuples qui se sont succédés depuis les Sumériens, les Babyloniens jusqu’aux Mèdes et la conquête d’Alexandre, qui conduisit un temps à l’hellénisation de la Perse.

Céramiques, Becher, Tappe près de Kashan, 6000 av JC.

Les idéogrammes puis l’apparition de l’écriture coïncide avec l’essor des villes, dans des sociétés en mutation où viennent de pénétrer l’invention de la roue et la technique du cuivre moulé, et qui possèdent déjà tout un répertoire de signes et de symboles dans leurs arts plastiques.

Il y a cinq mille ans, coexistent de part et d’autre du Tigre deux civilisations : la civilisation sumérienne, entre le Tigre et l’Euphrate, et la civilisation proto-élamite, à l’est du Tigre, dont la capitale est Suse. C’est de là que viendront les premières écritures. Les Iraniens utiliseront peu l’écriture, si nous pensons aux multiples écrits provenant d’Égypte. Ils auront plutôt, jusqu’à la conquête par les arabes, au VII ème siècle une tradition orale pour la poésie en particulier.

Panneau d’écriture, céramique,  tappe Yayia, fin du IV ème siècle av JC.

À l’extérieur de l’exposition des jardins persans ont été aménagés. S’installer sur un canapé garni de coussins, communément appelé taxt en Iran, après être resté  longtemps debout fait partie des délices d’une visite bien pensée et permet d’ imaginer  ces jardins de grenades, de figuiers, de roses où l’eau ruisselle des bassins et fontaines, lieux que l’on a nommés dans les temps anciens en Iran, paradaïz (1), refuges loin des bruits et de la chaleur des villes, de nos jours encore. Les céramiques colorées sur les murs, les plateaux où le thé pourrait être servi, rien ne manque pour avoir l’illusion de se trouver à Shiraz, Isfahan ou Kashan.

Pour restituer la culture et l’art de ces différentes civilisations, des mélanges de populations qui ont traversé l’Iran et qui pour certaines se sont sédentarisées, j’aimerais pouvoir traduire quelques chapitres du catalogue d’exposition écrits en allemand.

Par conséquent je mets les lecteurs (trices) du site à contribution pour des traductions à venir.

Il existe en particulier un document qu’il serait éclairant de lire pour comprendre l’organisation des jardins, non plus d’agrément mais des potagers et fruitiers dans l’antiquité iranienne : comment on creusait des petits canaux, qanat, pour acheminer l’eau de la montagne vers des citernes et ainsi irriguer les champs. Entreprise colossale qui est encore utilisée en certains endroits. Le problème de l’eau est un enjeu crucial pour ce pays où les sécheresses, dues au réchauffement climatique sont de plus en plus désastreuses.

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(1) Paradis (Dico citations, Le Monde)

Nature : s. m.
Prononciation : pa-ra-di ; l’s se lie : le pa-ra-di-z et
Etymologie : Bourg. pairaidi ; prov. paradis ; espagn. paraiso ; ital. paradiso ; du lat. paradisus, du grec, jardin. Le grec est un mot persan : zend, pairidaeza, enclos, de pairi, entour, et daeza, rempart, sanscrit deha (e long), équivalent au grec. Le paradis des théâtres vient des mystères, qui représentaient le paradis en haut, la terre au-dessous, l’enfer au niveau du sol.

Littré : Terme d’antiquité. Grands parcs chez les anciens Perses ; jardins délicieux.Un vieux mot, paradis, que l’hébreu, comme toutes les langues de l’Orient, avait emprunté à la Perse, et qui désigna d’abord les parcs des rois achéménides, [Renan, Vie de Jésus, I, 11]

 

 

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