La femme iranienne du VIIème au début du XXème siècle

Période médiévale et islamisation de l’Iran

 La condition féminine en Iran change de façon importante au cours de la période médiévale (VIIème siècle). À partir de la conquête islamique, le rôle social des femmes se modifie. Toute participation à la vie publique ou à l’exercice du pouvoir leur est interdit. Des droits concernant la sphère privée sont également supprimés, et des lois s’inspirant de l’islam avantagent désormais les hommes. La polygamie est facilitée et le port du hijab devient la règle.

Dans le Shâhnâmeh, épopée mythique, écrite au IXème siècle par le grand poète perse  Ferdowsi, est présentée une image de la femme contrastant avec cette situation juridique. Plus de vingt personnages apparaissent ainsi dans cette œuvre, sages, intelligents, respectables et parfois rusées. Ces femmes prennent des initiatives, décident de leur vie et choisissent leur futur époux. Deux d’entre elles, Homai et Gardieh, deviennent reines  de la Perse au cours de l’épopée.

On peut avoir une idée de l’importance de la place que cette culture  réserve alors aux femmes et à leur beauté en considérant la multitude de chefs-d’œuvre qui leur sont dédiés : que ce soit au travers de la miniature, de la peinture, ou de la littérature. Chez le poète Hafez par exemple, dont l’œuvre magnifie l’amour, ses joies et ses tourments, la femme est comparée à une tulipe, à la lune, sa chevelure est un trésor. Chez Omar Khayyam, poète du XIIème, la beauté de la femme est une métaphore du temps qui passe, il faut donc profiter des plaisirs amoureux et savourer l’instant présent en s’enivrant.

L’image montrant une jeune fille habillée de beaux vêtements hauts en couleurs, tenant une coupe  à la main, est un leitmotiv du portrait amoureux perse de l’époque et que l’on trouve dans les miniatures dont l’apogée est du XII ème au XVI ème siécle.

La femme est respectée, elle est même sublimée dans la poésie mais elle est  enfermée, surveillée dans la sphère familiale. Elle ne participe pas à la vie publique.

Entrée dans l’ère moderne

Il faut attendre le XIXème siècle pour que des femmes commencent à marquer l’histoire de l’Iran musulman.

En 1848, la première femme apparaissant non voilée, devant un public religieux  en signe de protestation, est Tâhereh Ghorratol’Ayn, Elle fit des études de philologie, de jurisprudence et de littérature persane et arabe. Son père l’encouragea dans ses études.

Elle vivait à une époque où l’apprentissage de la lecture était déconseillé pour les femmes ou tout au moins très contrôlé. Elle quitta sa famille après la naissance de son 4ème enfant et participa et anima des débats théologiques et juridiques dans un centre d’études religieuses pour hommes mais cachée derrière un rideau.

Elle se rendit dans le Mazandâran pour assister à une convention de Bâbis, pour revendiquer une nouvelle religion. Elle arriva non voilée pour participer aux débats. Elle ne voulait pas rester dans l’ombre comme elle le faisait auparavant. Son attitude provoqua un scandale dans l’assemblée. Elle fut arrêtée, emprisonnée et exécutée à l’âge de 36 ans. Aujourd’hui encore, 160 ans après sa mort, la simple reconnaissance de l’existence de cette femme est interdite en Iran, à cause de la religion bâbi, dissidente de l’islam mais aussi à cause de ses revendications . Beaucoup de calomnies, d’éléments contradictoires circulent encore à son sujet. L’acte de Tahereh fut un acte de désobéissance civile et de courage, né au début d’une ère nouvelle. Un de ses poèmes sera la référence pour le mouvement Un million de signatures dont il sera question dans l’article suivant.


À quoi ressemblait la société de l ‘époque ?

Les femmes étaient absentes de toute présence publique. Lady Sheil, épouse d’un ambassadeur anglais, lors de sa réception officielle à Tabriz, fut choquée de voir une foule d’une multitude d’hommes sans aucune présence de femme. Mais pour les Iraniens qui voyageaient de plus en plus en Occident pour leurs études ou affaires, cela devait aussi leur poser problème de voir  des femmes en public et de plus, décolletées et bras nus.

Ainsi à une époque où l’Iran s’ouvre sur l’Occident, pour les opposants à la modernité souhaitant maintenir l’ordre social et sexuel islamiques, la femme européenne devient un bouc émissaire, symbolisant la corruption, l’immoralité et la féminisation du pouvoir.Mais il faut signaler qu’à la même époque aux USA comme en Europe la femme mariée restait dépendante de  son mari. Son identité était liée à la famille.Elle n’avait que peu de droits.

En Iran, les femmes ne pouvaient pas exercer les droits que les lois islamiques leur conféraient comme l’acquisition de biens, le pouvoir de signer des contrats , de recevoir un salaire et de s’instruire. Surtout, elles étaient claustrées. Cet isolement leur procurait un réseau de soutien et de stabilité entre elles mais les rendaient invisibles dans la sphère publique.

Durant la seconde moitié du XIXe siècle, Taj Saltaneh,  fille du roi  Nasseredin Shah, consacre une partie de son autobiographie à décrire les conditions déplorables de la femme iranienne. Elle insiste  sur la nécessité d’éduquer les femmes et de les faire sortir de leur confinement au foyer.

 

La révolution constitutionnelle de l’Iran (1905-1911)

Elle débute à Tabriz et marque un tournant dans la vie des femmes iraniennes. Seule une minorité d’hommes et de femmes prend part à cette révolution, mais l’engagement des femmes leur fait gagner en considération. Leurs revendications, au cours de cette révolution, portent principalement sur leurs droits politiques : elles souhaitent un large débat sur leur place dans la société. La participation des femmes à la révolution constitutionnelle légitime l’intégration des femmes et des hommes dans la société, souligne la nécessité de l’éducation des femmes, donne naissance à des débats sur la famille et le voile, et enfin donne aux femmes une opportunité de s’organiser et de créer un mouvement pour les droits des femmes.

C’est alors une période de liberté d’expression grandissante et de progression sociale des femmes (1911-1924). Ainsi, après une première école privée créée par une femme pour des filles accompagnées de leurs mères qui en profitent aussi pour étudier, une  école de  filles est-elle fondée par des missionnaires américaines dans l’Azerbaïdjan iranien.  La tendance se répand ensuite dans d’autres villes (Téhéran, Rasht, Hamedan). En 1910, le journal anglais Times souligne l’existence de cinquante écoles pour filles à Téhéran. Ces écoles sont généralement tenues par des religieuses chrétiennes.

Qu’elles soient de confession zoroastrienne, juive, baha’ie, chrétienne, arménienne ou musulmane, les femmes réclament des droits émancipateurs autant que l’adoption de la constitution qui a lieu au cours de la même année..

Toutefois, le droit de la famille reste soumis à la charia.

NB: La bibliographie sera donnée après le 3ème article

L’image de présentation provient du  Ms: Les Cinq poèmes de Nezani, XVIIème , il représente  Khosrow voit Shirin près de la source (détail)  

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