Dans une famille kurde : 1ère partie

 Kermanshah

Je n’ai pas parcouru la distance entre Tabriz et le Kermanshah au rythme de Nicolas Bouvier et je ne sais pas si le bus est passé par Myané (voyage de nuit) mais c’est très net pour la langue, voici ce qu’il écrit dans L’usage du monde:

Myané est aussi la frontière de deux langues : en deçà, l’azeri où l’on compte ainsi jusqu’à cinq : bir, , ütch, dört, bêch ; au delà le persan : yek, do, se, tchâr, penj. Il n’y a qu’à comparer ces séries pour comprendre avec quel plaisir l’oreille passe de la première à la seconde. L’azeri- surtout chanté par les formidables commères de Tabriz – a pourtant sa beauté, mais c’est une langue âpre, faite pour la bourrasque et la neige ; aucun soleil là dedans. Tandis que le persan : chaud, délié, civil avec une pointe de lassitude : une langue pour l’été…. 

IMG_9256J’ai vécu une semaine au rythme d’une famille de 4 personnes avec  2 adultes, un étudiant de 18 ans et une petite fille de 11 ans et ce furent des moments joyeux d’échanges, de découvertes entre nos deux cultures. L’hospitalité est une vertu que les Iraniens ont toujours conservée et su développer avec raffinement que ce soit à Tabriz, à Shiraz ou à Téhéran.
Le jour de mon arrivée, en fin de journée, nous partons en famille avec les grands parents et leur fils de 30 ans. Ils me font découvrir un très beau lieu au bout du très long boulevard de la ville, bordé d’arbres et de fleurs, parcouru par de nombreuses personnes en ce jour printanier.

IMG_9253Taq Bustan, des vestiges gravés dans la montagne,  relatent des faits des rois légendaires de l’histoire perse. Keyvân me donne beaucoup de détails. Il est architecte au chômage comme beaucoup de jeunes diplômés et se passionne pour l’histoire. On voit comme à Bisotun dans une excavation, trois grands rois de face, couverts de chapeaux. Le plus grand est Khosrow Parviz, roi sassanide. sur son cheval géant Shabdiz.IMG_9234  Au dessus de lui, deux anges tiennent un cercle, symbole d’éternité .Remarquez que ces anges sont dotés de seins bien ronds alors que dans notre culture les anges sont androgynes. La religion est le Zoroastrisme avec cet adage : bonne pensée, bonne parole, bonne action qui se lit de façon symbolique, sur les trois registres des ailes des anges.

Taq Bustan
Taq Bustan

Non loin de ce lieu, au pied de la montagne se trouvait la résidence du Shah. Il  venait l’été à Kermanshah pour la fraicheur. Il a fait construire d’autres palais et des jardins dans la région .

Un autre panneau plus lisible est le couronnement d’Artaxerxes II, onzième ème roi sassanide. Sur ce relief, Ahura Mazda lui donne une bague.IMG_9243

Aujourd’hui  c’est un lieu de promenade,des ruisseaux descendent de la  montagne, c’est très vert. Des restaurants bordent la route. Le Kermanshah est une région très  touristique d’Iran et les habitants prennent soin de leur ville. C’est fleuri. Pas de papiers ni de plastiques au bord des routes, pas de chantiers chaotiques comme à Tabriz.

Qâr-e quri qaleh

Quelques jours plus tard, nous irons dans un petit village pour visiter des grottes au pied de la montagne, Kuh-e Shahu, à 90 kms au Nord de Kermanshah : 3140 mètres sous la montagne avec des concrétions qui donnent de magnifiques stalactites. Cela a été ouvert après la révolution mais  aménagé à l’époque du Shah avec l’aide des Français et des Américains. Dans nos conversations, il y a souvent des comparaisons entre Zabâne Shah et Zabâne Enqelâb (le temps du Shah et celui de la révolution). Des paysans vendent des herbes, du “kangar” sorte de pousse que l’on mange crue, du lavashak (pâte de fruits), des noix et du miel. IMG_9400Une femme prépare des galettes, cuites au four,devant nous.

Nous rentrons pour goûter au kebab de Bijân, car l’odeur de la viande grillée est inséparable des pique-niques!IMG_9439 Ceux ci sont une véritable institution en Iran avec une organisation remarquable! Nous mangeons sur le sol, sous une cahute. Il y en a partout en Iran, pour la sieste ou le repas.On y sort un grand tapis spécial pique-nique, une nappe, parfois des coussins pour la sieste. Les brochettes sont accompagnées de dour, sorte de lait légèrement fermenté additionné d’eau, parfois de menthe ou de pétales de roses . Évidemment il y a des petits concombres, des oignons, des tomates grillées et du barbari pain croustillant aux graines de sésame pour accompagner les brochettes. Non loin de nous des familles en costume traditionnel, avec le large pantalon “jafi”, que portent aussi les petits garçons, prennent leurs repas elles aussi. Certains ont même transporté des petits réchauds pour la cuisson du xoqesh,  ragoût aux multiples  variations à base de légumes, de viande et d’herbes. Il faut manger! Combien de fois aurais je entendu. Bexor, bexor!  Le plat est bien suffisant, le dessert est inutile. Les fruits et sucreries, seront pour plus tard dans l’après midi.On reconnait une grande civilisation à la qualité de sa cuisine. Sauf qu’ici le vin est interdit… en public.  Et bien sûr le repas se termine par un thé brûlant accompagné d’âbnabot, sorte de sucette de sucre cristallisé nature ou au safran.

Une grand mère qui berce un bébé me laisse la photographier et plus loin ce sera tout un groupe qui acceptera avec plaisir; les femmes découvriront même leurs robes. IMG_9449

Nous rentrons vers 3 heures pour retrouver Mojgân, qui a fini son travail. Elle a un poste de responsabilité dans une banque. Elle a quitté une autre banque dont elle touche une retraite et dirige ici une équipe d’hommes et de femmes car elle est très compétente. Les deux salaires et celui de son mari employé dans les bureaux du Gaz et pétrole sont justes suffisants pour vivre. Souvent les familles iraniennes font suivre des cours privés à leurs enfants pour leur réussite.  Ici Ali a suivi durant un an des cours pour réussir le concours d’état à l’université et la petite Rojin apprend depuis 2 ans le violon avec un professeur particulier. J’en parlerai dans le chapitre suivant.

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Un mariage

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J’ai été invitée à un mariage kurde. On m’a prêté une belle robe, moi qui n’avais que des jeans. J’ai accompagné Mojgân chez la coiffeuse pour jouer le jeu et par curiosité. Dans un pays où les femmes doivent se voiler, les coiffeuses n’ont pas pignon sur rue. Le salon est caché derrière un rideau et n’a rien de luxueux. On se change sur place. Maquillage puis mise en place de la coiffure sur cheveux secs. J’accepte tout (en précisant maquillage léger) mais je refuse les sourcils soulignés.

Nous arrivons en même temps que les mariés au son des “youyous “. La famille nous accueille et nous sommes vite séparées des hommes. La famille de la mariée est beaucoup plus traditionnelle que l’autre et n’accepte pas le mélange. Les femmes kurdes ont des robes superbes, brillantes, certaines très sexy avec de grands décolletés dans le dos. Elles commencent à danser, puis les mariés ouvrent le bal. Des billets circulent comme cadeaux.  Les femmes s’observent surtout pour les jeunes filles à marier mais pas seulement . Nous mangeons le plat traditionnel du Kurdistan. Enfin en milieu de soirée la cloison s’ouvre et les hommes et les femmes vont danser sur de longues lignes, celui qui est en tête agite un foulard. Le ton est joyeux. Ceux qui n’aiment pas regardent puis s’en vont, les femmes drapées dans leurs tchadors. Un homme au micro, lance des noms de ceux qui ont donné un billet pour que ça leur porte chance. La fête s’arrêtera vers Une heure du matin, mais pas avant d’avoir fait la ”xhodâ hafez tournée” et d’avoir pris une foultitude de photos.IMG_9474

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