La femme iranienne à travers l’histoire (Antiquité)

Le 8 mars est passé mais il est toujours temps de parler de l’histoire et de la lente évolution des droits des femmes !

Je voulais afficher des recherches que j’ai faites sur les Iraniennes, à la demande d’Isabelle et rédigées grâce à la relecture et aux remarques d’Hamideh L.Elles sont nourries de mes rencontres avec des femmes de différents milieux, de tous âges, lors de mes voyages en Iran, de mes lectures et des films iraniens, visionnés pour me faire progresser dans mon apprentissage chaotique du Fârsi. Après avoir donné une conférence à Berck et avoir discuté avec Ayat Najafi, réalisateur du film No Land’s song, j’ai appris que la première femme qui a osé se dévoiler en public est une chanteuse Qamar ol Moluk Nasiri en 1924.

Il existe bien peu d’éléments sur la place de la femme dans l’histoire de l’Iran ancien, débutons alors par un conte, d’origine perse du IXème siècle, une histoire d’amour et de littérature. Shéhérazade, épouse du  sultan, qui, ayant eu une femme infidèle, décide après une nuit d’amour, de tuer chaque nouvelle épouse. Mais cette dernière fait durer le récit et les péripéties enchâssées remettent chaque fin à la nuit suivante. C’est ainsi qu’au bout de mille et une nuits, ils ne se quitteront plus.

Imagination, littérature et sensualité sont les clés de cet assemblage de contes populaires, nommé en persan Hezâre afsâna (Les mille contes). Ils ont été traduits par les Arabes et il n’a pas été retrouvé d’original perse.

En Iran, devenue terre d’islam au VIIème siècle, la poésie sera longtemps écrite par les hommes, chantée et dite de cœur à cœur et la femme en sera une des figures de référence sans oublier que dans cette poésie, elle est aussi une métaphore du mysticisme.

Dans la société primitive, du Vème au IIIème millénaire av JC, les femmes étaient gardiennes du feu. Elles le resteront longtemps car c’est un élément fondamental pour les Zoroastriens. Comme dans beaucoup de civilisations, les femmes inventent la poterie, sont cueilleuses au rythme des saisons et conservent les graines pour les cultures. Le déséquilibre démographique de cette époque amène la polyandrie et le statut de prêtrise pour les femmes.

Dans ce temps de l’Iran ancien, vers 2500 à 640 av JC, Les déesses sont nombreuses et semblent dominer. Nous en trouvons des exemples dans les murs de briques moulées comme  la frise du musée du Louvre (civilisation de Suse, XIIème siècle av JC).

Le zoroastrisme apparaît vers 700 av JC. Religion monothéiste, elle évolua au cours du temps et imprègne encore aujourd’hui les mentalités. Elle fut religion d’état jusqu’à l’avénement de l’Islam. Les cultes du feu et de l’eau sont ses fondements principaux et la lutte du bien contre le mal. L’égalité des hommes et des femmes est soulignée à maintes reprises. La déesse Anahita, décrite comme une jolie femme au corps ferme et élancé, est la déesse de toutes les eaux à la surface de la terre ainsi que de la pluie, de l’abondance, de la fertilité, des unions, de l’amour et de la maternité.

On sait peu de choses concernant la vie des femmes dans les civilisations mèdes ( VII-VIe siècle av JC), cependant, de nombreuses fouilles archéologiques  mettent en évidence l’utilisation de colorants corporels, et de maquillage ainsi que d’instruments ayant servi à leur fabrication et leur application. De même, colliers, bracelets, broches, ou peignes ont été retrouvés dans des tombes féminines On peut en voir aux musées nationaux de Tabriz et de Téhéran. Les doctrines religieuses, développées durant ces périodes attestent de l’égalité qui régnait entre la femme et l’homme.

À Persépolis (Vème siècle av JC), l’absence de représentation féminine est assez étonnante. À l’apogée de l’empire achéménide, toutes les  statues et bas-reliefs sculptés y sont masculins, représentant  des hommes guerroyants, des serviteurs marchant à la suite du roi ou des taureaux, des étalons ailés.  Alexandre le Grand (330-323 av JC)  ayant détruit une grande partie de cette cité royale (particulièrement les intérieurs)  des chercheurs n’excluent pas la possibilité de représentations féminines aujourd’hui disparues. Ainsi; sur d’autres sites antiques perses, des représentations féminines sur pierre ont été retrouvées dans un bon état de préservation.

Les sources connues au sujet de la vie privée à l’époque achéménide (550-330 av JC) apportent avant tout des éléments sur la vie du roi, de la famille royale, et dans une moindre mesure, des nobles et des courtisans. Les femmes jouaient un rôle dans la vie quotidienne, elles travaillaient aux côtés des hommes dans les ateliers et y recevaient le même salaire, ce qui est attesté par les tablettes élamites. Il semble peu probable que la polygamie ait été la règle chez les Perses communsCependant, de nombreuses sources indiquent que les rois et d’autres Perses nobles la pratiquaient et avaient aussi des concubines.

Les femmes de haute naissance pouvaient avoir une influence sur les affaires de l’État car les membres de la famille royale possédaient leurs propres domaines. Elles s’impliquaient dans la gestion des affaires pour l ’acheminement de grain, de vin, ou d’animaux jusqu’au palais, depuis des possessions lointaines. Ainsi, la fille du roi khosrow II, Purandocht,  gouverna l’empire durant presque deux ans.

À l’époque sassanide (224 à 651)  les femmes étaient divisées en deux catégories : les femmes libres avaient des droits et des responsabilités légales, comme de signer des contrats, de payer des dettes, d’hériter. Ces droits n’étaient cependant pas égaux à ceux des hommes, car la capacité légale des femmes était comparable à celle des mineursLes femmes esclaves, n’avaient que peu de droits ; elles étaient considérées comme une marchandise et leur valeur était généralement plus basse que celle d’un esclave masculinSous les Sassanides,  la noblesse possédait des harems où les femmes étaient séquestrées. Ils existeront encore jusqu’à la dynastie qadjar au début du XXème siècle.

Il semblerait, d’après les historiens que ce soit Cyrus le Grand  qui, dix siècles avant l’ avénement de l’Islam, ait établi la coutume de couvrir les femmes afin de protéger leur chasteté. Le voile existait aussi chez les Grecques et les Romaines, en particulier chez les femmes mariées. Il  a été institué pour empêcher les femmes esclaves et les prostituées de le porter et de les distinguer ainsi des autres. D’après cette théorie, des Achéménides aux Séleucides, le voile est ainsi passé ensuite aux Byzantins. Ce voile qui couvre la tête et le corps est nommé tchador en Iran, ce qui signifie tente.

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