Le client ( le vendeur en Persan) Film d’Ashgar Farhadi

Les 2 titres, français et persan, conviennent puisqu’il s’agit d’un client qui sera effectivement un vendeur, ce que l’on découvrira à la fin du film. Il s’agit aussi d’un parallèle entre un personnage de théâtre, le commis voyageur de la pièce d’Arthur Miller et le personnage principal du film. Ce parallèle peut plaire à des occidentaux mais à mon avis, les différences entre la société américaine de l’époque que décrit Miller et la société iranienne sont bien plus divergentes.

Premières images : un lit défait et  la lumière  qui petit à petit éclaire différents décors d’une scène de théâtre, introduction qui dévoile lentement comme il en sera de l’histoire. On se trouve ensuite projeté dans le déménagement en urgence d’un immeuble qui se fissure et va peut-être s’effondrer. Un couple, les deux acteurs principaux au théâtre, mari et femme à la ville, devront trouver un autre logement. Grâce à un ami de la troupe, ils seront relogés mais dans un appartement qui appartenait à une prostituée, ce qu’ils ignorent. Partie dans l’urgence, elle a d’ailleurs laissé une pièce avec plein d’objets et de vêtements. Après une répétition, la jeune femme rentre seule, son mari fait quelques courses qu’elle lui a demandées. On sonne, elle pense que c’est lui,  mais on ne comprend pas qu’il revienne si vite.  Elle lui ouvre par l’interphone puis entrouvre la porte de l’appartement et entre dans la salle de bains pour se doucher. C’est autour de ce qui se passera là, l’arrivée du client de l’ex locataire que se jouera l’histoire.

Le mari rentre, voit des traces de sang, l’appartement ouvert, sa femme a été conduite à l’hôpital par des voisins alertés par ses cris. Là, aussi il y a des incohérences. Ce retour du mari n’est pas compatible avec un transport aussi rapide à l’hôpital de sa femme. On ne comprend pas bien la succession  de tout ce qui s’est passé. La jeune femme est très traumatisée et  parlera peu de ce qui lui est arrivé. Peut-être à cause de son imprudence d’avoir ouvert, peut-être aussi par pudeur et honte, ce qui est d’autant plus compréhensible dans la société iranienne. Ensuite, les faits, ou ce que l’on en  suppose, se révèleront peu à peu pour l’entourage, les voisins parleront à des acteurs amis du couple ainsi tout le monde saura ce qu’Emad et Rena auraient voulu cacher, c’est à dire que l’appartement était celui d’une prostituée et que Rena s’est fait agresser. Son mari en ressentira  colère et ressentiment envers son ami acteur qui lui a fourni l’appartement. Par ailleurs une scène au théâtre, le fera improviser pour  l’insulter, scène  amusante entre les deux hommes,  mais nous verrons que son désir de vengeance ne fera que s’amplifier.

Il est professeur en lycée. Les scènes où il enseigne aux  élèves sont vivantes, celle en particulier où il leur montre  La vache,un classique du cinéma iranien,  qui n’ intéresse pas les adolescents et où lui même s’endort. Mais on voit que son attitude se durcit quand il parcourt le portable d’un garçon et qu’il y découvre “des photos personnelles” qui le renvoient à ce qu’il vit.

Une seule scène  permet de quitter la lourdeur et la tristesse du film, celle où Rana, de peur de rester seule chez elle, revient avec le jeune fils d’une actrice et prépare un repas pour eux trois. Ils rient, ils s’amusent. Mais très vite, la soirée s’assombrit, à cause de l’argent  que Rena a utilisé pour les courses, laissé par l’homme pour la prostituée, ce que découvre le mari.

Ce scénario, qui a été primé à Cannes, a toute une série d’incohérences, l’espace temps, des indices qui manquent de logique,  ainsi que le montage avec des coupures qui nuisent à la narration. La pièce de théâtre d’Arthur Miller, hormis le passage de La mort du commis voyageur, n’ajoute rien à la compréhension du film. Mais les acteurs, le couple et les amis acteurs sont bien dirigés et le prix d’interprétation est justifié.

Que retenir de ce film? L’idée d’une société détruite par la révolution et reconstruite mais qui ne fonctionne pas?  On le comprend à demi mots avec le dialogue entre Emad et Bâbâk sur la ville détruite et reconstruite. Des rapports humains qui sont faussés par les mensonges et les non dits, ce qui est aussi une métaphore de la société iranienne, schizophrène, entre la sphère privée et le domaine public.

La même incompréhension  entre les personnages était présente aussi dans les films précédents de Farhadi. Ici, comme dans À propos d’Elly ou comme dans La séparation, remarquable, le point de vue du cinéaste est : à chacun sa vérité. Mais sa façon de nous y amener, de nous faire voir les points de vue de chacun deviendra de plus en plus pesante, surtout dans la scène finale, pour toucher notre pitié par l’émotion, le mélodrame, le pathétique,  et nous amener à nous opposer au  point de vue moralisateur d’Emad et à le juger  d’une certaine façon, coupable.

J’ajoute à cet article que le film a reçu un Oscar Le 27 février 2017. On peut se demander si ce choix a été politiquement correct vu les décrets récents du nouveau gouvernement de Donald Trump interdisant l’entrée sur le sol américain des ressortissants des pays suivants : Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen.

 

 

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