Il s’agit de plusieurs centre d’intérêt qui m’ont fait réfléchir sur ce  sujet, toujours d’actualité, même si le terme Orientalisme est moins employé de nos jours.

Ainsi ma réflexion portera sur le spectacle “Boussole”,  au Théâtre du Nord, lecture théâtrale adaptée du roman de Matthias Enard  en l’associant  à une lecture que j’ai reprise du Livre “L’Orientalisme” d’Edward W Said et d’un autre livre  prêté par une amie sur Golshifteh Faharani “Elle joue”. Dans ce dernier,  l’auteur, Nahal Tajadod  parle d’un  film américain dans lequel Golshifteh a joué et qui lui a valu des interrogatoires à son retour en Iran. Il ne peut s’agir uniquement du fait qu’elle était mal voilée, ce qui est écrit dans le livre.

La mise en scène d’ Emmanuel Noblet et la lecture théâtrale de Boussole  étaient une réussite.

Un acteur, Olivier Dautrey, lit et joue, deux musiciens  l’un au piano et l’autre au violoncelle, d’extraits en extraits, font entendre les musiques qui nourrissent un  homme solitaire. musicologue et universitaire . L’évocation de lieux, de poètes, d’écrivains par cet insomniaque d’un pessimisme noir, à Vienne (il m’a fait penser à Thomas Bernhard) ne pouvait qu’éveiller des  curiosités multiples et le désir de revenir à de beaux textes essentiels (Rumi, Hafez, Nerval, Flaubert, Goethe…), mais aussi à de courts passages de musiques du XIXème, à ces musiciens inspirés par l’Orient qui invitent au voyage, à la rêverie, à la mélancolie. De plus cette évocation, prétexte à une nuit de soliloque, pour le narrateur, est tissée d’ une histoire d’amour avec une jeune femme, archéologue  qui parcourt l’Orient et qui, par un mail envoyé laissera un espoir,  dans une fin  très touchante.

L’image du Moyen Orient  beaucoup plus orientée, dangereuse pour la compréhension et le rapprochement entre les peuples, se trouve dans les films grand public, réalisés à Hollywood, où les protagonistes, agents secrets de la C.I.A  travaillent pour “la bonne cause”: en un mot,  lutter contre le terrorisme!

Et là tous les moyens sont bons pour que l’on sache où est “l’Axe du bien”, où la guerre, c’est à dire les interventions de drones, bombardements, troupes au sol sont montrées comme des nécessités. Nécessité pour des ventes d’armes évidemment! la France est en 3ème ou 5ème place, aussi pour des reconstructions futures mais surtout pour garder une main mise sur l’énergie fossile.  On pourrait s’interroger sur les dates de sorties de films et leurs incidences sur les choix politiques décidés peu après.

C’est en regardant le film “Mensonge d’état” 2006 dont il fait mention dans “elle joue” où l’actrice Goshifteh Farahani (interrogée pendant six mois à la suite de ce film, elle réussira ensuite à quitter l’Iran) a joué son premier rôle aux Etats Unis,  que l’on peut se rendre compte que la propagande  occidentale actuelle est tout à fait dans la ligne orientaliste mise en place au XIXème siècle par l’Angleterre et la France, mais reprise à la suite de l’Europe par les États Unis. Il faut que les Occidentaux restent les maitres intelligents, sûrs de leurs choix et de leur logique.

Dans ce film, ce que l’on voit du Moyen Orient, sont des villes grouillantes de monde,  des souks et non les quartiers modernes, où des repaires de terroristes sont prêts à tout. Les personnages arabes ou bien ne sont pas très intelligents en comparaison des Américains ou bien sont fourbes, traitres, lâches et aussi fanatisés pour tuer. Devant eux, l’acteur Leonardo Di Caprio, qui parle arabe, montre lors de courts instants son humanité mais les dialogues, d’une grande vulgarité, sont là pour accentuer les actes de guerre dans toute leur cruauté et leur violence.

Faire savoir à travers la propagande de ces films que ces soldats, ces agents secrets travaillent pour le bien du monde. Mais quel bien et quel monde?  Celui où les interventions armées se multiplient et détruisent et tuent des civils, où les ventes d’armes continuent d’augmenter, où les richesses du sous sol sont convoitées et contrôlées par les pays riches, où les populations à cause des guerres ou des famines climatiques, quittent leurs pays en risquant leurs vies. Dans ce film, rien n’est fait pour comprendre l’autre, les stéréotypes restent intacts.

Le film Argo, qui traite de la prise d’otages d’Américains à l’ambassade de Téhéran a été récompensé par un Oscar dévoilé en direct de la Maison blanche, par Michele Obama en 2013,une grande première!

L’année suivante il y eut l’intervention américaine en Syrie.

 

 

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