Praha, Prague, پراگ

Nous proposerons sur le site parfois des textes écrits en persan,  pour que ce  site soit parcouru aussi par des Iraniens qui ne lisent pas le français.

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پراگ، پایتخت بوهِم

سالها پیش ویکتور هوگو شعری برای شهری نوشت که آن را دوست نمی داشت. نمی دانم شهری که هوگو توصیف کرد خیالی بود یا واقعی اما شهری که من از آن خواهم نوشت سراسر واقعیت است. شاعر فرانسوی نوشت:

Dans cette ville où rien ne rit et ne palpite,
Comme dans une femme aujourd’hui décrépite,
On sent que quelque chose, hélas ! a disparu !

شهر او غمگین است و نمی خندد و همچون زنی ناتوان است که هیچ جنب و جوشی ندارد. من برای پراگ می نویسم:

Dans cette ville où tout rit et palpite

Tancici: la maison qui danse.

On ne sent que le bonheur et la douceur

قدم زدن در کوچه پس کوچه هایش بدون اینکه در جستجوی رسیدن به مقصدی باشی، سراسر لذت است. قدم زنان می روی و می روی تا به بلندترین نقطه شهر می رسی. تمام شهر زیر پایت است در هاله ای از نور و چراغ. چشمانت را می بندی. صدای موسیقی موزارت را در جانت می شنوی که سی و هشتمین سمفونی اش را برای پراگ می نوازد. پراگ زیبا، پراگ با شکوه و با عظمت با معماری تحسین برانگیز باروک!

این شهر که در طی قرن ها همیشه درگیر جنگ و تسلط بیگانه ای بوده است، خود را نباخته است. مردمانش مهربان و مهمانپذیر هستند و شهر آرام و دلپذیر. سنگ فرشها، رودخانه بزرگ شهر و برج و باروهای آن با ما حرف می زنند. از بزرگانی می گویند که برروی آنها قدم نهاده اند و عاشقانی که در کوچه های آن عاشقانه یکدیگر را در آغوش کشیده اند. آیا کافکا در کنار رودخانه ولتاوا جمله های عاشقانه اش را در گوش میلنا زمزمه می کرده است؟! آیا عاشقانی از هزاران یهودی کشته شده در این شهر که نامشان بر دیوارهای کنیسه نقش بسته بود، روزی با اولین عشق شان کنار پل شارل قرار گذاشته اند؟!

گاهی فضای شهر سنگین می شود و همچون موسیقی موزارت عظمت خود را به تو تحمیل می کند. کافی است سری به گورستان یهودیان در محله زیبای ژوزفو بزنی تا به پهنای صورت بگریی و از سنگینی غم انسانیت لب از سخن گفتن فرو بندی و جز اشک ریختن چاره ای نیابی. چرا انسان دست از کشتن همنوع خود برنمی دارد و هزاران چرای دیگر که سنگ قبرهای بی نام و نام های بی سنگ قبر در سرت می چرخاندشان. و با خود می اندیشی که اگر موسیقی و شعر و شراب نبود، چه برسر عشق می آمد و چه بر سر آدمی؟!

شهر بوهم دوست داشتنی پایگاه موسیقی جاز هم هست. در کوچه ها و خیابانها پر هستند کافه ها و کلاب هایی که می توان در آنجا به تماشای کنسرتهای کوچک جاز نشست و شراب موراوی نوشید. پس زنده باد عشق و شراب و سرمستی!

Ville d’une grande douceur, calme, accueillante,  où l’on aime la musique et faire la fête en buvant des grands bocks de bière.

C’est peut-être pour cela que Mozart a aimé y jouer (il y a donné Don Giovanni) et a été adoré par les Praguois. Quand on monte vers Malà Strana en traversant les vieux quartiers, les immeubles  aux doubles fenêtres étroites, les rues pavées, les fontaines, il est possible de  revivre des passages du film de Milos Forman : Amadeus.

Il est bon de s’y promener un soir de juin quand les rues sont presque désertes et que le parfum des fleurs de tilleul vous fait tourner la tête.

Fondé au XIII ème siècle, roman à l’origine, reconstruit après un terrible incendie qui a ravagé la ville en 1541, ce quartier est appelé aujourd’hui Prague baroque. Les petites places où se trouvent des fontaines ou des sculptures rappellent le XVIII ème religieux et frivole, époque de l’Église romaine et catholique, de la contre réforme  triomphante.  Décors d’anges ou de saints aux draperies tourmentées, au regard implorant tourné vers le ciel, sans oublier les dorures des croix, les auréoles.  Des grands parcs s’étagent sur cette colline. Il fut bon de goûter ,après une longue marche nocturne, au vin blanc sec de Moravie en dominant la ville éclairée.

Prague est, parait-il la mieux desservie en transports en commun.Un beau réseau de trams et trois lignes de métro  la parcourent. Il suffit seulement de bien calculer son trajet (modulable selon les arrêts ou la durée) pour prendre son ticket dans les distributeurs qui ressemblent à des machines à sous (qui fonctionnent une fois sur quatre!). Mais  mieux, pour découvrir une ville il faut marcher, marcher, s’y perdre, demander son chemin et s’imprégner de tout ce qui passe. Le quartier de Smichov où nous logions est à moins d’une demi heure du centre, en marchant bien.

La Vltava ou Moldau ( en allemand), parcourt Prague de ses méandres pour se jeter dans l’Elbe. Avoir en tête la musique du même nom Die Moldau,  composée en 1875  ( dans un Poème symphonique en 6 mouvements) par Bedrich Smetana,  pour être emporté par ces mouvements musicaux qui évoquent si bien le cours de cette rivière, de sa source jusqu’à sa confluence dans l’Elbe.

https://www.youtube.com/watch?v=gTKsHwqaIr4

À Prague, les ponts sont nombreux. Dans la journée,  il vaut mieux éviter le plus célèbre, le pont Charles – Karluv most- , envahi par des touristes en grand nombre qui s’attardent pour écouter  de petits groupes de musiciens. Pont rythmé par des statues baroques, c’est une sorte de citation mais en plus grandiose du pont Saint Ange à Rome. Mais celui ci mène au château où avaient lieu les couronnements et à la cathédrale Saint Guy. Château mystérieux qui domine la ville,  la plus grande résidence pour un chef d’état qui selon une hypothèse aurait donné le titre du roman de Kafka. Évidemment on y pense.

Parmi les lieux merveilleux où nous avons  flâné, Hamideh et moi, furent les bords de la rivière. Il faisait si chaud le premier jour que nous avons loué un pédalo comme de nombreux tchèques en cette fin d’après midi pour trouver le frais.

Les martinets nous accompagnaient de leurs cris et de leurs vols joyeux. Sur les berges, des musiciens rock ou plus loin, sur l’île de Stelecky Ostrov,  des bribes  de l’opéra de Quatre sous…

Une visite très émouvante fut celle de l’ancien quartier juif, Josefov, qui a été en grande partie détruit pour des raisons d’assainissement à la fin du XIX ème.

Il tient son nom de Josef II de Habsbourg qui rétablit en 1783, les droits civiques et religieux des Juifs. Les synagogues et le vieux cimetière, méli-mélo de lourdes pierres tombales, est romantique à souhait mais  n’est pas vraiment  propice à une méditation sur la brièveté de la vie, car là aussi, il y a foule.  Dans  la   synagogue Pinkas, un mémorial avec des listes interminables,77 297 , noms, prénoms, d’ enfants, de femmes, d’hommes, morts  en camps de concentration. Deux listes citent aussi les noms sinistres de ces  lieux.  À l’étage, des dessins ou réalisations enfantines du camp de Terezin, la plupart sont sombres, intuitions de désastres à venir. Toutes ces vies fauchées en plein élan!

Le régime nazi rassembla ici des archives sur le judaïsme et de nombreux objets de valeur provenant de différents pays d’Europe. C’est Himmler qui décida d’en faire un musée à ciel ouvert”musée exotique d’une race éteinte”.

En passant sur l’autre rive, une promenade dans le quartier de Kampa procure un sentiment de douceur de vivre. Une île, encore, délimitée par la Vltava et un bras de celle ci, la Certovka. De nombreux moulins fonctionnaient, il en reste un, non loin du mur de John Lennon et d’un mignon petit café, fleuri de toutes parts. Au XVII ème, cet endroit était connu pour ses marchés de poterie. Il y existe de grands parcs, l’un avec de nombreux arbres fruitiers et des magnolias, l’autre qui s”étire vers Mala Strana où des lectures de poésie ou concerts, attirent les Praguois. C’est là, au détour d’une rue que se trouve le musée Franz Kafka.  Si vous avez lu La métamorphose, le Château ou Lettres à mon père, vous aurez envie de les relire et les autres romans suivront peut-être. L’ambiance du lieu  crée une ambiance recueillie, étrange, fantastique. Dans le noir des salles, on découvre sur des photos, la Prague d’alors,  le vieux quartier juif, les manuscrits de Kafka, sa vie partagée entre l’écriture et le travail obligatoire dans une compagnie d’assurance et son  amitié avec Max Brod. De ses relations difficiles avec les femmes, retenons sa plus belle histoire d’amour, celle avec Milena Jesenska ( 1896 morte en 1944 à Ravenbrück).Kafka se sachant condamné, la quitta deux ans avant de mourir et connut une autre femme. Journaliste, traductrice, écrivaine, Milena fut celle qui comprit le mieux Kafka et  l’aima jusqu’à la fin.

voir des paysages par la fenêtre signifie les connaitre doublement : par le regard et par le désir“.

les nuages de fumée s’échappent de la meule en chapelet – ma respiration se bloque, je risque d’étouffer : qui nous a condamnés à mener cette existence grotesque ? Comme pèse le poids du monde pour que tous ces êtres, englués dans leur routine, ne se révoltent pas, ne crient pas, ne soient pas pris de fureur, et qu’ils s’abstiennent même de blasphémer“.

Milena

Dans la conclusion d’Un jeûneur, Kafka écrit:

Je n’ai pas su trouver l’aliment qui me plaise. Si je l’avais trouvé, je me serais gavé comme tout le monde.

 

Et cette lettre envoyée à Milena:

Samedi [17 juillet 1920]

Je savais bien ce qu’il y aurait dans ta lettre, c’était déjà presque toujours entre les lignes dans les autres, c’était également dans tes yeux — que ne lirait-on sur leur fond transparent ? —, c’était dans les rides de ton front ; je le savais comme quelqu’un qui a passé la journée dans un abîme de peur, de rêve et de sommeil, derrière des volets fermés, et qui ouvre sa fenêtre le soir n’est pas étonné de voir, il le savait, que maintenant la nuit est là, une nuit profonde et merveilleuse. Je vois combien tu te tourmentes et te tournes et te retournes sans parvenir à te libérer ;  je vois — mettons le feu aux poudres — que tu n’y parviendras jamais ; je le vois et je n’ai pas le droit de te dire : reste où tu es.

Mais je ne dis pas non plus le contraire ; je reste en face de toi, je regarde dans tes yeux, tes pauvres chers yeux (la photo que tu m’as envoyée est navrante, c’est un supplice de la regarder, c’est un martyre auquel je me soumets cent fois par jour, c’est, hélas, aussi une richesse que je défendrais contre dix géants), et je reste fort, comme tu dis, je possède une certaine force, disons en gros, obscurément, pour être bref, mon absence de sens musical. Elle ne va cependant pas jusqu’à ma permettre d’écrire encore, du moins maintenant. Je ne sais quel flot de souffrance et d’amour me prend, m’emporte et m’en empêche.

Franz Kafka: Lettre au père

 

 

2 réflexions sur “Praha, Prague, پراگ

  1. Très belle photo, la première. Tu donnes le goût du voyage !Et c’est vrai que pour découvrir une ville, rien de tel qu’une bonne paire de shoes !!! Et comme récompense un bon vin blanc sec, le vin de Moravie c’est ça ?

  2. Merci Brigitte, pour ces images, liens et surtout ton désir communicatif de voyage.

    Prague…une douceur de vivre, un appel vers l’ailleurs. Bravo pour ce que tu offres à découvrir!

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