Les femmes dans la société iranienne contemporaine

La constitution iranienne contrôle à la fois les vies publiques et privées et le rôle des femmes en conformité avec les critères islamiques (Art 21- Constitution). Le concept de l’homme responsable et tuteur est l’un des piliers principaux de l’islam fondamentaliste en Iran. C’est l’application de « la charia » chemin pour appliquer la loi de dieu .

Résistance

Il y eut une période d’ouverture sous la présidence du président Khatami (1997-2005). Avec son élection et le début de l’ère des réformes, des femmes s’efforcèrent d’entrer dans la sphère publique, se mirent à exprimer les idéaux qui leur tenaient depuis longtemps à cœur, à s’insurger ouvertement contre la morale patriarcale de la société iranienne. Beaucoup d’entre elles fondèrent des ONG et des sites web, certaines furent à l’origine de publications telles que la revue Zanân, (Femmes) lancée quelques années plus tôt. Il sera interdit sous la présidence d’Ahmadinejad.

Les femmes représentent plus de la moitié de la population. Le nombre des divorces augmente : sur quatre mariages, il y a un divorce. La situation de non mixité fait que les jeunes ne se connaissent pas à l’école, à l’université. Cette méconnaissance peut expliquer ce taux important de divorces mais il est un fait que les femmes iraniennes ont d’autres aspirations que celle d’être femme au foyer et ce peut être source de tension dans un pays où le chômage les touche en majorité au profit des hommes (40% au chômage en 2015).

Dans les faits c’est une société libre dans l’espace privé mais avec des lois strictes dans l’espace public.

Par exemple  de nos jours, il est beaucoup plus acceptable qu’une jeune personne ait un(e) ami(e) ou un(e) petit(e) ami(e) du sexe opposé. Spécifiquement à Téhéran, beaucoup de jeunes vivent en colocation sans être officiellement mariés, ce qui est interdit par la loi.

La morale imposée par la charia sous la République islamique a ainsi fait de l’espace privé et de certains espaces publics tenus secrets le lieu idéal de la subversion. Il existe des espaces naturels, hors des villes, où il est possible d’échapper à la charia ( pentes de l’Alborz, les maisons de thé :chayxâne, etc), mais les Iraniens ont aussi développé de véritables réseaux secrets à l’intérieur même des grandes villes.

Les femmes iraniennes peuvent se présenter à de hautes fonctions électives (sauf celle de président de la république) mais elles doivent observer un code vestimentaire obligatoire.Elles pratiquent tous les métiers. Elles peuvent conduire des voitures des taxis, des camions, mais il leur est déconseillé de rouler à vélo et à moto. Elles sont reléguées à l’arrière des bus mais peuvent monter dans des taxis bondés à côté d’inconnus. Elles peuvent aussi aller seules dans des salles de cinéma mais ne peuvent se rendre à un match de foot masculin. Elles ne peuvent chanter en public, sauf si elles accompagnent des musiciens.

Nouveaux féminismes

Afin d’attirer les femmes croyantes et celles qui se réclament d’une vision militante de l’islam, le mouvement des femmes ne se positionne pas dans le registre exclusivement laïque (position ambivalente sur le voile par ex). Le mouvement s’appuie sur des méthodes non violentes, par le dialogue et la volonté de conviction. Il y eut une adhésion non négligeable de jeunes hommes au mouvement « Un million de signatures », dans une société où le genre compte moins que la citoyenneté ou la dignité du citoyen.

D’importants rassemblements publics de femmes devant l’université eurent lieu en 2005 et l’année suivante sous la présidence d’Ahmadinejad, entrainant des répressions policières et de nombreuses arrestations. Suite à ces violences, en août 2006, une campagne de signatures, prit pour thème , un poème de Tahereh, cette jeune femme qui osa prendre la parole devant un public masculin au XIXème.

Si nous nous trouvons face à face

Je te raconterai mon chagrin point par point, mot par mot.

Pour contempler ton visage,

J’ai erré partout comme le vent, rue par rue,

Maison par maison, porte par porte

 Les mots de ce poème « Face à face, rue par rue » ont servi de mot d’ordre à La campagne pour Un Million de signatures, lancée le 27 août 2006.

Elle fut créée pour contester les lois discriminatoires concernant les femmes. Il était précisé qu’elle ne portait pas atteinte à l’islam ce qui amena beaucoup de femmes religieuses à rejoindre le mouvement.

Déploiement des militantes dans les parcs, les universités, les bureaux, les bus, métros avec des explications sur l’interprétation de la Charia. Il y eut des formations, des conférences, 200 volontaires furent formées. Des dépliants furent distribués. La collecte fut faite par trois générations d’hommes et de femmes .

La campagne fut initiée dans l’objectif de récolter, au bas d’une pétition des signatures d’hommes et de femmes, de toutes générations pour obtenir des droits égaux devant la loi. L’Internet fut abondamment utilisé. Le texte réclamait, entre autres, des droits égaux pour la femme en cas de mariage ou de divorce, l’abolition de la polygamie et du mariage temporaire (sigheh), la hausse de l’âge de la responsabilité pénale à 18 ans pour les filles comme les garçons, le droit pour la femme de transmettre sa nationalité à son enfant, l’égalité du dieh (le prix du sang, compensation d’un dommage corporel ou d’une mort) ainsi que celle des droits de succession. Beaucoup d’objectifs n’ont pas été atteints  mais par cette approche populaire, les problèmes sociaux ont été mieux compris. Une résistance s’est mise en place face aux menaces gouvernementales et il y eut une pression au parlement pour que des réformes aient lieu dans le nouveau projet de loi de la famille.

Ce mouvement a renvoyé une image bien différente de celle donnée par les médias occidentaux.

Avancées timides des réformes

Hassan Rohani, depuis son élection en 2013 à la présidence a nommé 3 femmes au gouvernement :

Vice-présidente pour les affaires juridiques, Mme Elham AMINZADEH

Vice-présidente pour la Protection de l’Environnement, Mme Massoumeh EBTEKAR

Affaires juridiques et relations avec le parlement : Elham Aminzadeh

Mais alors que c’était une promesse du président, pas de création d’un ministère des droits de la femme et pas de femme ministre.

Une nomination cependant importante est celle de Shahindokht Molaverdi (chargée des affaires des femmes et de la famille). C’est une militante des droits des femmes. Cependant, on constate qu’elle n’a pas beaucoup de pouvoirs, pour ne pas dire qu’elle n’en a pas vraiment. Mais elle intervient dans les médias, elle prend des positions à la limite de ses prérogatives pour faire avancer la cause des femmes, par exemple en proposant des projets de lois, en allant à l’encontre des visions conservatrices existantes.

Dix-sept femmes ont été élues en 2016 au parlement, ce qui est une belle avancée,  dont 15 modérées et réformatrices, les religieux y seront moins nombreux que les femmes, 15 contre 17 sur un nombre total de députés de 290 mais ils restent à des postes clé du régime. ( à titre comparatif, la France a seulement 26,2% de femmes au parlement).

 

La Société iranienne aujourd’hui 

Des activistes sont entrées sur la scène mondiale, telles Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix ou Nasin Sotuded, avocates toutes deux connues lors du mouvement vert.

Certaines femmes, et ce chiffre a beaucoup augmenté en 20 ans, sont auteurs de livres et best sellers, de nouvelles, d’essais, de poésie, elles sont réalisatrices et gagnantes de prix dans les festivals car l’espace de la parole publique leur a longtemps été interdit. Deux  sont traduites en France : Sharnoush Parsipour et Zoya Pirzad.

Le prix Nobel de mathématiques ( médaille Fields) a été attribué pour la première fois à une femme, Maryam Mirzakhani, qui vit aux États-Unis.

Les artistes sont nombreuses, leur présence importante dans toutes les formes d’art et d’expression culturelle aide à avoir un regard nouveau sur le pays mais change aussi l’image que les Iraniennes ont d’elles même.

Dans le 7ème art , il existe à présent de nombreuses réalisatrices de films et documentaires mais la condition de la femme et les problèmes de société sont aussi abordés par des hommes en mettant en évidence la schizophrénie qu’une telle société génère. Beaucoup de récompenses en Occident reconnaissent la vitalité de ce cinéma. Citons Golshifteh Farahani, actrice exilée en France, citons aussi les films de Rakhshan Banietemad dont celui ci:

We are half of Iranian People

(Film mis en ligne gratuitement en 2010 par cette réalisatrice mais actuellement, un site américain, l’a transformé en y ajoutant des vidéos du Mouvement vert).

Le tableau noir de Samira Makhmalbaf

My Tehran for sale de  Granaz Moussavi (aussi poète), l’actrice du film a été emprisonnée 9 mois.

Et tous ces films de réalisateurs masculins, où le statut de la femme est évoqué :

Ten d’Abbas Kiarostami

https://www.youtube.com/watch?v=3jhMcoIAaPc

La séparation, À propos d’Elly, Asghar Farhadi

Le cercle, Offside, le ballon blanc, Taxi Teheran  de Jafâr Panâhi (assigné à résidence depuis 2011, condamné à 6 ans de prison, peine pas encore appliquée et interdiction de faire des films et scénarios).

 

Une femme iranienne Negar Azarbaydjani ( sur le transgenre)

Nahid : sur le mariage temporaire

Dans la bande dessinée: Persépolis, Poulet au vinaigre de Marjane Satrapi

Les femmes Photographes: Shirin Neshat, Shadi Ghadirian, Katayoun Karami et bien d’autres…

En guise de conclusion, terminons sur les vers de la poétesse Shimine Behbahani (1926-2014) qui a résisté toute sa vie aux repressions:

Mes poèmes sont mes épées.

Ils sont plus forts que toutes les épées.

Même s’ils peuvent blesser profondément,

Ils ne sont pas destinés à faire couler le sang.

Je ne dirai que la vérité,

Même au prix de ma tête.

La peur de la mort ne m’empêchera pas d’avancer.

 

Mais aussi les mots de Bâbâk Ahmadi chercheur et essayiste qui explique l’adhésion des hommes au mouvement : “Un million de signatures”:

“Nous les hommes avons compris que nous sommes vos égaux. Je l’ai compris depuis mon enfance. Cela est difficile avec un état qui créer des obstacles à la diffusion de la prise de conscience.”

 

Bibliographie

 

Les Iraniens Yves Porter Armand Colin 2006

Les mots sont mes armes Farzaneh Milani , Lettres persanes 2012

Revue Zânan (cette revue a arrêté de paraitre en 2002)

Guide culturel de l’Iran Patrick Ringgenberg, Rowzaneh publications

Livre des Rois, Shâhnâme, Ferdowsi , ed Actes Sud, Sindbad

Le divan Hafez, Verdier Poche ,traduction de Charles-Henri de Fouchécour

L’orientalisme, Edward W Said, Seuil, 1997

Nouveaux féminismes en Iran 1989 à 2009 Nahid Keshavarz

Elle joue, Nahal Tajadod Livre de poche

Je viens d’ailleurs Chahdortt Djavann,

Iran , idées reçues Fariba Adelkhah, ed Le cavalier bleu 2005

Articles sur le web

 

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